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physique Déposé le 2016-02-06 18:21:04

Je me souviens...

Je me souviens de toutes ces mains qui me touchent. J’avais 12 ans, puis 13, 14, 15 ans.

Je me souviens de toutes ces mains qui me touchent, mais pas des visages.

S’il y avait eu des yeux, peut-être qu’ils auraient vu à quel point toutes ces mains me font mal. Leurs caresses sont légères, des fois plus appuyées, et à chaque fois j’ai cette sensation de brûlure, comme si mon âme était marquée au fer rouge.

S’il y avait eu des yeux, peut-être qu’ils auraient lu dans les miens ma détresse, ma peur, ma solitude, et loin, très loin derrière, cette colère qui n’arrive pas à venir.

S’il y avait eu des yeux, peut-être qu’ils auraient vu en moi autre chose que cet objet de désir, d’assouvissement de pulsions prépubères. Peut-être qu’ils auraient vu que ce qui n’est qu’un jeu pour eux souille mon cœur et fait mourir mon âme. Peut-être qu’ils auraient vu derrière mes fesses et mes seins la toute jeune fille qui ne comprend rien à ces mains. Qui se demande ce qu’elle a fait pour qu’on lui inflige une telle souffrance. Qui finit par croire qu’elle ne vaut pas mieux que ça, qu’elle le mérite, et plutôt que de demander de l’aide, voudrait disparaître et se cacher pour toujours.

Je me souviens du soulagement quand j’ai pu partir très loin, fuir enfin toutes ces mains qui me touchent. Elles laissent derrière elles un immense champ de bataille. Tout est cassé, des débris jonchent le sol par centaines, par milliers, et à force d’être piétinée, l’herbe a cessé de pousser pour laisser place à une épaisse couche de boue dans laquelle les pieds restent englués. Maintenant que tout danger est écarté, je mesure l’immensité des dégâts, et la douleur qui avant me paralysait me fait désormais me casser en mille morceaux.

Heureusement, cette fois-ci, quelques yeux sont là et m’aident à quitter ce champ de bataille. Je le laisse comme ça, en plan, derrière moi et sans me retourner. Je pars vite et loin car j’ai encore trop honte, et trop mal, de tout ce qui s’y est passé.

Aujourd’hui, vingt ans après, je me souviens encore de toutes ces mains qui me touchent. Elles continuent à me faire mal. Aujourd’hui, vingt ans après, je crois que j’ai croisé assez d’yeux pour trouver le courage de retourner enfin sur mon champ de bataille. J’irai ramasser les débris. Je les brûlerai. Et avec leurs cendres, je nourrirai la terre pour qu’à nouveau de l’herbe puisse pousser. Et la vie reprendra ses droits. Les taupes et les vers de terre creuseront des galeries.

Les fleurs sauvages pousseront. Les papillons et les abeilles butineront. Et alors seulement, lorsque je me souviendrai de ces mains qui me touchent, je n’aurai plus peur, je n’aurai plus mal, je ne serai plus triste…

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