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Déposé le 2014-04-22 11:54:35

J’avais onze ans en 1990. Je suis entrée en sixième dans un collège privé, un peu nerveuse mais complètement inconsciente de ce qui allait m’arriver. Dans ce collège, tous les ans, les cinquièmes s’en prenaient aux sixièmes. Quand les sixièmes passaient en cinquième l’année suivante, ils reportaient cette guéguerre sur les sixièmes de l’année qui débarquaient complètement innocents. Et ainsi de suite.

J’étais la cible idéale : gentille, timide, pacifique et nulle en gym. On m’avait toujours dit que quand il y a un problème, il faut discuter gentiment ou attendre que ça passe, et je n’avais pas compris que ça ne s’applique pas au harcèlement. J’ai dû subir les moqueries, les insultes, les coups de poing. On me traitait de « trisomique » et j’avais toujours pour réflexe de dire que ce n’est pas une insulte, juste une bizarrerie chromosomique. On me harcelait encore plus parce que je refusais de cautionner la discrimination envers les trisomiques.

Les choses ont empiré avec mon premier soutien-gorge. Le premier mec qui a trouvé drôle de me filer des coups dans cette région a donné envie aux autres d’en faire autant. A chaque fois, ça me faisait piquer une crise de rage, et eux, ça les faisait rire. Je n’osais pas en parler à la maison. Je suis quelqu’un de très pudique, je l’étais encore plus à l’époque et je ne m’imaginais même pas rentrant à la maison en disant « maman, y’a un problème avec mes nichons ! » En fait, j’avais honte, un peu comme une victime de viol.

A la maison, je faisais la tête tout le temps, je refusais de sortir, je rejetais tout ce qui faisait « ado », j'étais parfois carrément "vache"… ça ressemblait à une grosse crise d’adolescence, c’est pour ça que mes parents ne se sont d’abord doutés de rien. Ils se sont rendu compte que quelque chose n’allait pas par hasard. Ils sont allés parler au responsable de division, qui a convoqué les harceleurs et leur a fait la leçon. Ils se sont calmés pendant trois jours, puis ont recommencé de plus belle. A l’époque, personne ne parlait de harcèlement scolaire, il n’y avait pas internet et je croyais que j’étais un cas. Je pensais vraiment que c’était ma faute.

Il y a des ados harcelés qui se mettent à avoir de mauvaises notes. Je crois que je devais avoir un cerveau « spécial collège » car j’ai réussi à avoir une moyenne plus que correcte pendant les quatre années de mon harcèlement. C’est ensuite, au lycée, que mes notes ont dégringolé. Les harceleurs étaient orientés ailleurs ou n’avaient plus l’appui de leurs copains partis ailleurs, ou encore ils se trouvaient trop vieux pour harceler… C’est là que j’ai craqué alors que justement, tout allait mieux. J’ai fait une dépression en terminale et échoué à ma première année du bac. Avec le recul, je pense que j’étais un peu comme ces enfants en malnutrition qui tombent malades quand ils se remettent à manger normalement. C’était le contrecoup.

J’ai réussi à avoir mon bac du deuxième coup. J’allais vraiment pas bien et je crois que j’ai filé une peur folle aux lycéens de ma classe, qui ont pourtant été formidables avec moi. Il m’arrivait de tenir des propos flippants sans même m’en rendre compte. Si l’un d’eux lit ce message aujourd’hui, j’aimerais lui dire que je suis désolée, je le/la remercie pour sa patience et j’espère qu’il/elle a une vie formidable.

Après mon bac, je suis allée à la fac. J’ai fait des études, commencé une psychothérapie et j’ai cherché un boulot. Mon premier CDI, je l’ai eu à 34 ans, à cause d’un manque de confiance en soi qui me paralyse encore régulièrement. Aujourd’hui encore, quand quelqu’un est sympa avec moi, j’ai toujours l’impression que c’est une erreur. Il me faut du temps pour faire confiance à quelqu’un. De même, quand j’avance sur un trottoir étroit et que je vois un homme arriver en sens inverse, j’ai toujours pour réflexe de changer mon sac d’épaule pour avoir les bras devant ma « zone à problèmes » au moment où on se croise. Je sais que c’est bête, qu’il y a peu de chances pour qu’il étende le bras et me tripote en pleine rue mais je ne peux pas m’en empêcher.
Je vois une psy depuis onze ans. C’est elle qui m’a conseillé d’utiliser Internet pour donner des coups de pouce aux ados harcelés. Je tiens un blog et un tumblr sur le sujet :

http://anti-bullying.over-blog.fr
http://jaisurvecuauharcelement.tumblr.com

Le pire est derrière moi. J’essaie d’aller de l’avant. L’an dernier, je me suis inscrite à un cours de karaté pour me lancer un défi. Je crois qu’on peut tous avancer, à tous les âges. Le plus difficile, c’est de croire en soi, c’est pour ça que j’essaie de dire aux ados d’aujourd’hui que moi, je crois en eux. Mon rêve, ce serait que le monde soit débarrassé à jamais du harcèlement.

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