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moral Déposé le 2014-04-22 09:58:59

Je m'appelle Marie, je suis française, je vis a Vancouver au Canada, j'ai 27 ans et j'ai vécu le harcèlement a l'école au collège (4 ans, dont 2 ans avec coups quotidiens et crachas sur la figure et vêtements, en plus des insultes, bourrades et humiliations publiques...) et au lycée (1 an).

En primaire tout se passait bien, j'étais assez a l'aise avec les autres enfants. J'étais pleine d'énergie et selon les dires de mes parents, "volontaire" et "indépendante".

Au collège, je suis arrivée en 6eme a 10 ans, encore très petite en taille et "puérile" : je voulais continuer de jouer et courir dans la cours, et je ne me souciais absolument pas de mon look ou de mon image de marque... Ce qui signa la fin de mon répit d'enfance. Des insultes comme "sale naine", "cachet d'aspro" m'étaient lancées presque régulièrement. A cette époque, ces insultes me gênaient, mais je dirais que c’était "supportable". Je savais parfaitement que les enfants sont cruels entre eux, et je n'en souffrais que temporairement. Si le reste se fut limité a cela, je n'aurais pas eu a vraiment me plaindre. Mais voila, cela empira, avec violence.

En 4eme, tout cela bascula dans l’excès... avec la puberté, mon visage se transformait avec maladresse comme cela arrive très souvent a l'adolescence (petits boutons, appareil dentaire et teint très pale)... et je m'habillais toujours très mal aux yeux des autres, car en mon for intérieur, j’étais encore une enfant, et la mode ne m’intéressait absolument pas.

J'avais alors déjà commencé a m'isoler, me faire discrète, matée par la cruauté des autres qui s'accrut brutalement cette année-la...

A partir de cette année la, des garçons redoublants se sont mis a me frapper, des coups sur le haut du crane, très violents; on me bousculait a me faire tomber dans les couloirs, devant des rangées d’élèves qui éclataient de rire. Et puis cela augmentait progressivement : on me donnait des coups de pieds, de coude, de poings... des filles se mettaient a me pousser le dos avec une grande violence dans les couloirs (plusieurs fois au point que ma tete se renversait totalement en arrière avec le choc), on arrosait mes cahiers ou mes vêtements... On m'insultait de "pucelle", de "laide", "pas belle", "clocharde", "sans ami", "le Pape", "bonne soeur", "poubelle" (a cause de vêtements un peu usés et certes, très démodés et parce que j'avais dit une fois que je croyais aux anges gardiens)...

J'ai eu droit a des humiliations publiques dans les couloirs, mais aussi dans le réfectoire, le bus, et même les salles de classe, lors des cours tenus par des profs qui faisaient semblant de ne rien voir, et qui s'alliaient même parfois par peur avec les caïds contre les timides qui osaient a un moment "rêver", ou ne pas répondre a une question.
Et puis on me crachait dessus, des mollards, a la figure, dans les cheveux, sur mes vêtements... Il m'arrivait souvent d'aller laver mes cheveux ou me vêtements sous l'eau dans les toilettes de l’école, pour enlever le mollard. C'etait souvent long et surtout très humiliant.

On fit naître des rumeurs sur mon compte, pour me nuire. On m'appelait "lesbienne", "sale gouine", parce que j'avais les cheveux courts.
Je me cachais alors dans les toilettes, et m'aperçus que je n'étais pas la seule bouc-émissaire de l'école... J'ai voulu créer des liens avec d'autres élèves harcelés (des filles timides, un peu rondes, avec des lunettes, ou seules...). J'ai assisté a des scènes atroces d'humiliations répétées avec ces personnes.

J'ai tenté seulement une ou deux fois de répondre avec "violence" (répondre aux insultes ou aux coups), mais cela empirait et j’étais, a l’époque trop petite pour avoir le dessus. Alors la plupart du temps je ne disais rien et j'attendais que ça s’arrête. J'en ai parle une ou deux fois a la principale adjointe qui a convoque les deux garçons qui me frappaient le plus, mais cela n'a rien change, et ils ont continué. Tous ces élèves parlaient de fringues, de stars, d’émissions de radio jeunes, de sexe (avec une vulgarité terrible a mes oreilles de gamine)... quand moi je m’intéressais surtout a la mythologie a l’époque, je lisais beaucoup, j'adorais courir, mais je n'osais évidemment plus, par peur des humiliations ou des croches-pied.
Ma moyenne a chute tout au long de ma scolarité au collège, je pleurais tous les soirs en cachette, et le matin etait une torture car je savais que ce que j'allais subir des l’arrivée du bus jusqu'au retour a la maison le soir. TOUS LES JOURS il y avait quelque chose.

En quelques années je devins extrêmement timide, solitaire, recluse, introvertie et je tombai dans la haine de ma vie...

En seconde, je n'avais que deux amies, totalement exclues et insultées elles aussi pour des raisons de physiques ou de vêtements... moi j'avais pris un peu de poids (sans excès, mais bien assez pour qu'on m'en blâme).
Je pensais être maudite... Je me trouvais laide, grosse, sale.
Les élèves de ma classe de seconde ont été infects avec nous. Même si on ne me frappait plus a partir du lycée, les insultes répétées comme "grosse", "bizarre", "clodo" me poursuivaient, moi et mes deux amies.
Je pleurais extrêmement souvent, je voulais mourir, j'ai songé au suicide très sérieusement, je me haïssais a un point indescriptible, je me disais sincèrement qu'ils avaient raison. Je me suis auto-mutilée sévèrement et j'en garde des cicatrices très visibles sur le bras gauche.

Mes parents ne comprenaient pas ce que je vivais, mais malgré la honte et l’exaspération a mon sujet que je lisais parfois dans les yeux de mon père, ma famille a été mon unique consolation toutes ces années.
Les profs et les surveillants ignoraient les bouc-émissaires royalement (nous étions plusieurs a vivre cet enfer je tiens a le préciser, pour des raisons aberrantes).

En 1ere je suis tombée dans l'anorexie, je ne supportais plus d'exister, je voulais ne plus être vue, pour enfin "disparaître" de leurs champ de vision, et a partir de la, on m'a fichu la paix. J'eu droit a une simple ignorance ou des regards en biais. J'ai été hospitalisée deux fois, puis en fin de terminale j'ai sombré dans la boulimie vomitive, et cette maladie m'a suivie 6 années en tout, m'a fait échouer dans trois écoles, puisque je passais mon temps enfermée dans mon studio a me remplir et a vomir, malgré de nombreuses tentatives de me guérir en solo. Je ne suis jamais sortie faire la fête, ni "m'amuser", je ne tissais aucun lien avec les élèves, je refusais quasi toutes les invitations que l'on pouvait me faire. Les autres me faisaient peur.

Je suis tombée malade A CAUSE du harcèlement scolaire, c'est sur et certain.

Aujourd'hui la "roue a tournée" radicalement, puisque je suis mariée (une rencontre-miracle sur internet !), quasi guérie et heureuse malgre quelques séquelles que je garde, et grâce a un livre parmi toutes mes lectures qui s'est avéré incroyablement benefique, et surtout grâce a mon mari et ma famille.
Il m'arrive même de me trouver jolie (la perception de soi dépend beaucoup du regard des autres), même si je reste très solitaire et allergique aux réunions dans des bars, pour des fêtes, des bals... Je panique vite dans des lieux surpeuplés ou l'on a rien a dire de très intelligent et ou l'on se toise... comme dans les cours d'école.

J'ai gardé des autres en général une très grande méfiance, dans les rues, dans les transports en commun... J'ai gardé des réflexes intérieurs comme des alarmes, quand on me regarde gratuitement (d'instinct, pendant une demie-seconde, je me demande "il veut me frapper?", "il va me cracher dessus?", "il va me bousculer"...)... Je parle peu avec les autres en dehors de mes proches. Je ne sors presque que par nécessité. Je ne travaille pas, j'écris des récits, je lis énormément, je me passionne pour l'Histoire, et je vends de temps en temps des illustrations (je dessine et je peins aussi) quand on m'en commande...

Je pense au pardon, mais j'aurais aimé qu'on vienne me demander ce pardon un jour... Mais voila, mes bourreaux vivent leur vie sans même se douter du mal qu'ils m'ont fait, sur des années, dont je garde ces séquelles aujourd'hui. Un ou deux cependant, a qui j'ai reparlé par hasard, m'ont avoué un peu honteusement en me revoyant avoir été "cons", "influençables", et "voulaient faire rire les autres"...


Le harcèlement scolaire est un fléau gravissime a mon sens... et le comble, c'est que je m'en suis aperçue uniquement lorsque cela a touché des personnes qui me sont chères.
Je me suis alors dit que beaucoup trop d'enfants un peu différents, timides, roux, maladroits, devaient vivre l'ENFER des années durant, et que cela se payerait probablement un jour dans leur vie...
On connait aussi les drames de tueries dans les écoles... 75% des tueurs, auraient été, parait-il, des victimes de harcèlement scolaire.

Les enfants et ados paraissent totalement incapables d'empathie, semblent entièrement livrés aux émissions de radios-TV ou on humilie les gens "pour rire", et sont coupés de toute éducation vertueuse, un peu "morale", et sont totalement déresponsabilisés de leurs actes.

Jamais on aura autant parlé de "tolérance" et de "respect" qu'aujourd'hui, pourtant a l'école, c'est une véritable jungle. J'ai vu des enfants se faire frapper comme moi pour leur timidité, pour des cheveux roux, pour des vêtements, pour un regard... Aujourd'hui on a perdu la véritable notion du respect de la personne humaine.

Le problème ne vient pas d'ailleurs que de l'orientation sexuelle (ou ce qu'elle semble être) ou de la couleur de la peau, c'est bien plus profond et bien plus multiple que cela. C'est partout, tout le temps, pour n'importe quelle raison. C'est un problème qui concerne absolument toute la société ACTUELLE, surtout quand celle-ci glorifie la réussite, la beauté, l'argent, la consommation, les expériences sexuelles précoces, la mode vestimentaire...

Le "Paraître" et "l'Avoir" sont déifiés.
C'est un fléau que j'ai même du mal a faire avaler a mes grands-mères qui n'ont jamais vécu de telles choses...

Je tiens a préciser que mon collège et mon lycée ne se situent pas en banlieue, mais en province, dans une bourgade de tout juste 10 000 habitants au coeur de la campagne.

J'ai écrit un petit livre expliquant comment je suis tombée dans les troubles du comportement alimentaires "L'Hôte, ou l'histoire d'une dépossession" dans une petite maison d'édition a compte d'auteur, pour commencer, et je ne compte pas m’arrêter la...

Voici le lien de mon livre sur amazon :

http://www.amazon.fr/LHote-Marie-Lasbleiz/dp/2754719989

1 commentaires sont disponibles Commenter ce témoignage Marie*, primaire dans le

Le 2014-05-10 14:41:45 - Carioca du a commenté :
Moi aussi je me suis demandé ce qu'étaient devenues mes anciennes harceleuses : il y en avait 4. J'en ai croisé une en fac de psycho quelques années + tard, et même si je ne risquais plus rien et que 6 ans avaient passé (c'était en 1999), je n'avais aucun plaisir à la revoir. Elle m'avait certainement reconnue, mais faisait semblant de m'ignorer et je préférais encore cela.
Une autre de la bande quelques années encore après, dans une agence de voyages où je me renseignais pour partir aux Antilles. Elle m'avait reconnue et bien qu'elle ait aimablement répondu comme à n'importe quelle cliente, je la sentais mal à l'aise.
Une autre, sur les réseaux sociaux, s'est mariée et travaille comme conseillère financière dans une banque, mais nous ne sommes pas pour autant devenues "amies" sur ce réseau. De même, un garçon dont j'étais vaguement amoureuse, avec lequel je n'ai pas eu spécialement de problème, mais un peu ami avec cette bande, travaille aussi dans les finances et pas "d'amitié" sur ce même réseau social...
Il y a quelques mois, j'avais écrit à celle qui est devenue conseillère financière, ayant retrouvé son adresse, en lui reparlant du "passé" et de ce que j'étais devenue ensuite, mais sans haine, ni jugement, ni agressivité : jamais de réponse !... A mon avis elle a dû être touchée et mal à l'aise, ou a préféré s'en foutre...
J'ai écrit aussi à la même époque à une prof d'allemand que j'aimais beaucoup du collège public où j'étais harcelée : elle m'a répondu gentiment en me disant qu'elle se doutait un peu qu'on se moquait de moi mais sans en avoir assez mesuré l'ampleur et elle avait été tentée de m'aider sans savoir trop comment faire ni oser le faire et l'avait beaucoup regretté ensuite...
J'ai également écrit à une autre ancienne prof, d'allemand aussi, également appréciée et sympa, mais du collège-lycée privé où j'ai continué ma scolarité dès mon redoublement de 3ème (suite au choc de ce harcèlement continuel qui a fait chuter mes résultats) mais pas de réponse par contre...
Comme quoi, la réussite et l'échec ne veut rien dire selon si on est harceleur ou harcelé, mais c'est injuste quand ce sont les victimes qui échouent leur vie (si elles ne sont pas aidées par leurs familles et personnes compétentes) et les harceleurs qui réussissent leur vie sans jamais être inquiétés ni penser à la portée à + ou - long terme de leurs actes et tant que ça ne s'est pas retourné tôt ou tard contre eux (sans souhaiter de vengeance)...